PERFORMANCE=ART CONTEMPORAIN?

Publié le par Maty

Même à la FIAC (la Foire internationale d'art contemporain), policiers en civils et douaniers veillent. Vendredi, l'artiste russe Oleg Kulig s'est vu censuré par le parquet de Paris, alerté par les douaniers présents à la FIAC. Certains de ses clichés shootés à la fin des années 90, mettant en scène Kulik nu, simulant des actes zoophiles ont été jugés pornographiques ou zoophiles. Les flics du 8ème arrondissement se sont rendus au Grand Palais  pour décrocher ces œuvres sur l'appui de l'article 227-24 du Code Penal relatif à la diffusion d'images à caractère violent ou pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptible d'être vues par des mineurs.

Elena Selina et Sergeui Khripoun, propriétaires de la galerie moscovite XL, ont été conduits au commissariat du 8ème arrondissement avec les objets du délit pour être entendus. Les deux galeristes se sont expliqués "jusqu'à 21 heures" raconte Martin Bethenod, directeur de la FIAC. Il poursuit : « Il ne s'agit pas d'images pornographiques mais de photographies prises dans le cadre de performances où l'artiste se met en scène de façon extrême, comme celles où il est un chien, nu avec un collier et se jette sur les gens ou les voitures en aboyant, en les mordant etc... Le message de ces images n'est pas de prôner la zoophilie mais de se demander où sont les limites entre ce qui est humain et ce qui est animal ».


Une réflexion philosophique qui semble avoir échappé au parquet de Paris.


Cet article, en dehors du problème « trop de morale ou pas assez ? », « la liberté de l’expression artistique en démocratie ?», me donne envie de reposer la question :

« Mais qu’est ce que l’art aujourd’hui? » « Quels objectifs ? »

                              

 
L’action performative se retrouve dans l’art pictural, la danse, la poésie… J’ai vu des films relatant des performances, conservés à Beaubourg comme représentant des œuvres d’art contemporaines. Etait-ce de la danse ou des expériences scientifiques. Cela voulait être de l’art.



On y voit un homme se faisant tirer un coup de révolver dans un bras. Titre : « shoot », rester au lit pendant 22 jours sans se lever, faire brûler un pantalon volé au Muséum, mettre le feu au sol avec de l’essence alors que le performeur y est allongé nu, ramper sur du verre mains attachées dans le dos, s’enfoncer des punaises dans le corps, frôler la morts en étant menacé par la montée de l’eau et la présence d’électricité, respirer de l’eau pendant dix minutes au moins, le film est interminable, etc…Ces courts métrages datent des années 68, 70 et Chris Burden se met en scène en ayant pour objectif  le prolongement ou la  suspension de son corps dans l’espace temps.


                                 




Opinion de Richard Martel, défenseur du risque artistique performatif :

« Nous pensons que la performance est une actualisation d'éléments significatifs dans un espace-temps relatif. I1 nous importe particulièrement d'agir localement en fonction des lieux; le dispositif s'ajustant à ce moment prend une dimension contextualisée. Le fait de travailler en groupe amène une énergie de « confrontation » qui fait côtoyer alors diverses approches personnelles dans une synthèse dynamique. Nous partons habituellement d'un corpus d'intentions subjectives, d'éléments simples pouvant se modifier au fur et à mesure d'une énonciation, selon la situation. Une sorte de situationnisme de déplacements, tant au niveau des idées que de la mise en forme.

Nous postulons que les phénomènes de communication sont des « transformables » qui permettent l'incursion de l'aléatoire et de l'accidentel. C'est comme s'il y avait certains objets, certaines manipulations qui n'obtiendraient leur réalité performative que lorsqu'elles sont soumises à la tension de leur prestation. Le fait d'agir à plusieurs permet d'atteindre une densité non prévisible qui crée ainsi comme une sorte de balancement d'une proposition à l'autre.

Il n'y a pas d'exécution formelle rigide, pas de partition à interpréter. Tout au plus dans une comparaison avec le freejazz où les musiciens jouent ensemble sans nécessairement savoir auparavant ce qu'ils vont énoncer; il y a osmose des diverses composantes qui s'agitent, s'agglutinent, s'interpénètrent, s'énoncent finalement dans une sorte de Gesamkunstwerk - que les Allemands veulent considérer sous l'angle de l'œuvre‑d'art total.

L'acte performatif utilise des données du système de la connaissance plus ou moins objective, fait subir aux matériaux diverses manipulations qui vont occasionner des résultats en fonction des paramètres d'exécutions déterminés par le moment de leur évaluation.

Il y a des corps qui s'expriment et c'est dans les unités subjectives de leur durée et de leur nature qu'il y a migration de l'univers du connu et du mesurable dans l'incalculé et l'inorganisé. »



J’essaie de comprendre :

Le but artistique affiché chez Chris Burden est de dépasser la simple apparence du corps pour en révéler d’autres dimensions, sa condition, son espace intérieur, son étrangeté et son rapport au sensible au monde et aux autres. Ce n’est pas avec lui  de « l’incalculé et de l’inorganisé ».

Oleg Kulik a choisi de faire de son comportement une œuvre d’art comme Marcel Duchamp a choisi de faire de son urinoir une œuvre d’art nommée « Fontaine ».

Le programme zoofrénique de Kulik pourrait se définir comme un entredéchirement de l’âme, la bête représentée (chien, vache…) et celle qui sommeille en nous mais qui aurait disparu chez l’artiste. Il veut exprimer la violence des Pays de l’est pour mieux l’exorciser.


Ce qui me dérange c’est la présence incontournable de violence, de souffrance, de sang, de danger qui entraîne une torture visuelle au spectateur.

Pour conclure avec un peu d’ironie,  tout ceci a permis à Oleg Kulik de faire carrière. L’art contemporain russe est aujourd’hui inimaginable sans son œuvre. Il est devenu une figure incontournable du monde de la culture.

Alors ? L’art aujourd’hui ? Eternelle recherche du Graal ? Argent ?

Publié dans artiste

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