COUP DE COEUR pour le livre Sylvie Germain "L'INAPERCU"

Publié le par Maty

« L’inaperçu » de Sylvie Germain chez Albin Michel 2008

 Coup de cœur pour ce livre où s’égrènent les mots et la  poésie des phrases et des personnages.

 « L’inaperçu » est un faisceau de tragédies individuelles, cloisonnées, hermétiques aux uns et aux autres. Seul le lecteur peut tisser des liens et donner une signification à ces destins tourmentés. Parfois il faut revenir en arrière, la lecture de ici et maintenant apportant un éclairage complémentaire à la lecture d’avant. La fin du livre laisse le liseur libre de se la construire, de se l’imaginer et de la faire sienne.

 Roman de la construction de soi, il fait coexister la vie, ses noirceurs, et des drames individuels, avec l’imprévisible, la puissance de l’imaginaire, les rêves les plus fous, tout ce qui échappe à l’emprise du temps et permet d’inventer son destin.

 Cet ouvrage me fait prendre conscience que la vie est constellée de vies individuelles, propre à chacun, et, personne d’autre ne peut en connaître la réalité, la vérité, même pas celui qui aime. L’autre a construit des murs de verre sablé ou dépoli, ou encore déformant autour de son histoire et nul ne peut en percevoir toutes les aspérités, les blessures saignantes, les folies de pensées, sauf le lecteur, si cette vie a été mise en mot ou en images. Mais les mots et les images suffisent-ils à tout rendre perceptible ? Ce que l’être est, ce qui est perçu de lui, ce qu’il voit de lui-même. Ces mots et ces images filtrées par le vécu et son propre mur de verre. Quelle signification du mot, quel aspect de l’image atteint le cerveau et la compréhension ?


 
Lire c’est écouter les phrases, respirer là où sont les silences, voir entre les mots. 


D’après ma propre transcription suite à une  citation de Sylvie Germain : « écrire, c’est écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots ».


 
Un autre aspect du livre m’a fortement intéressé : les réflexions autour de la peinture en particulier celle de Mark Rothko, peintre allemand influencé notamment par les surréalistes.

 Un tableau est « une fenêtre ouverte sur le monde, sur l’inexploré du monde ». Il est  « un inaperçu qu’un homme s’est appliqué à rendre discernable, sensible, l’inaperçu de drames ou le visible et l’invisible, la lumière et la nuit se frôlent, en s’éraflant ou se caressant, où les couleurs se meuvent à fleur d’immobilité en un double mouvement de contraction et de dilatation, où une aventure silencieuse se joue de l’inconnu dans l’inconnu d’un espace en suspension ». « Etre dedans, ce n’est pas quelque chose que l’on décide.

 « Les tableaux doivent être miraculeux, déclarait Rothko, à l’instant où l’un est achevé, l’intimité entre la création et le créateur est finie. Ce dernier est un étranger. Le tableau doit être pour lui, comme pour quiconque en fait l’expérience plus tard, la résolution inattendue et sans précédent, d’un besoin éternellement familier. »

 





A propos d’une reproduction d’un tableau de Mark Rothko :


« L’image, une apothéose de jaune intense et d’orangé strié par une ligne blanche surlignée de gris vert et rehaussé de tâches verdâtres – évoquait un pan de soleil…Un haut rectangle de soleil ».
 












                                                                    

 








A propos d’un tableau de Paul Klee :


« Un paysage en damier vibrant délicatement au rythme de tons ocre, vert pâle, mauve, bleu lavande et de lin, jaune paille et mirabelle. Espace, couleurs, lumière. »
  



 

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