Jeudi 30 octobre 2008
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Même à la FIAC (la Foire internationale d'art contemporain), policiers en civils et douaniers veillent. Vendredi, l'artiste russe Oleg
Kulig s'est vu censuré par le parquet de Paris, alerté par les douaniers présents à la FIAC. Certains de ses clichés shootés à la fin des années 90, mettant en scène Kulik nu, simulant des actes zoophiles ont été jugés pornographiques ou zoophiles. Les flics
du 8ème arrondissement se sont rendus au Grand Palais pour décrocher ces œuvres sur l'appui de l'article 227-24 du Code Penal relatif à la diffusion d'images à caractère violent ou
pornographique ou contraires à la dignité humaine et susceptible d'être vues par des mineurs.
Elena Selina et Sergeui Khripoun, propriétaires de la galerie moscovite XL, ont été conduits au commissariat du 8ème arrondissement avec les objets du délit pour être
entendus. Les deux galeristes se sont expliqués "jusqu'à 21 heures" raconte Martin Bethenod, directeur de la FIAC. Il poursuit : « Il ne s'agit pas d'images pornographiques mais de photographies prises dans le cadre de performances où l'artiste se met en scène de façon extrême, comme
celles où il est un chien, nu avec un collier et se jette sur les gens ou les voitures en aboyant, en les mordant etc... Le message de ces images n'est pas de prôner la zoophilie mais de se
demander où sont les limites entre ce qui est humain et ce qui est animal ».
Une réflexion philosophique qui semble avoir échappé au parquet de Paris.
Cet article, en dehors du problème « trop de morale
ou pas assez ? », « la liberté de l’expression artistique en démocratie ?», me donne envie de reposer la question :
« Mais qu’est
ce que l’art aujourd’hui? » « Quels objectifs ? »
L’action performative se retrouve dans l’art pictural, la danse, la poésie… J’ai vu des films relatant des performances, conservés à Beaubourg comme représentant des œuvres d’art
contemporaines. Etait-ce de la danse ou des expériences scientifiques. Cela voulait être de l’art.
On y voit un homme se faisant tirer un coup de révolver dans un bras. Titre : « shoot », rester au lit pendant 22 jours sans se lever, faire brûler un pantalon volé au Muséum,
mettre le feu au sol avec de l’essence alors que le performeur y est allongé nu, ramper sur du verre mains attachées dans le dos, s’enfoncer des punaises dans le corps, frôler la morts en étant
menacé par la montée de l’eau et la présence d’électricité, respirer de l’eau pendant dix minutes au moins, le film est interminable, etc…Ces courts métrages datent des années 68, 70 et Chris
Burden se met en scène en ayant pour objectif le prolongement ou la suspension de son corps dans
l’espace temps.
Opinion de Richard Martel, défenseur du risque artistique performatif :
« Nous pensons que la performance est une actualisation d'éléments
significatifs dans un espace-temps relatif. I1 nous importe particulièrement d'agir localement en fonction des lieux; le dispositif s'ajustant à ce moment prend une dimension contextualisée. Le
fait de travailler en groupe amène une énergie de « confrontation » qui fait côtoyer alors diverses approches personnelles dans une synthèse dynamique. Nous partons habituellement d'un corpus
d'intentions subjectives, d'éléments simples pouvant se modifier au fur et à mesure d'une énonciation, selon la situation. Une sorte de situationnisme de déplacements, tant au niveau des idées
que de la mise en forme.
Nous postulons que les phénomènes de communication sont des « transformables »
qui permettent l'incursion de l'aléatoire et de l'accidentel. C'est comme s'il y avait certains objets, certaines manipulations qui n'obtiendraient leur réalité performative que lorsqu'elles sont
soumises à la tension de leur prestation. Le fait d'agir à plusieurs permet d'atteindre une densité non prévisible qui crée ainsi comme une sorte de balancement d'une proposition à
l'autre.
Il n'y a pas d'exécution formelle rigide, pas de partition à interpréter. Tout
au plus dans une comparaison avec le freejazz où les musiciens jouent ensemble sans nécessairement savoir auparavant ce qu'ils vont énoncer; il y a osmose des diverses composantes qui s'agitent,
s'agglutinent, s'interpénètrent, s'énoncent finalement dans une sorte de Gesamkunstwerk - que les Allemands veulent considérer sous l'angle de l'œuvre‑d'art total.
L'acte performatif utilise des données du système de la connaissance plus ou
moins objective, fait subir aux matériaux diverses manipulations qui vont occasionner des résultats en fonction des paramètres d'exécutions déterminés par le moment de leur
évaluation.
Il y a des corps qui s'expriment et c'est dans
les unités subjectives de leur durée et de leur nature qu'il y a migration de l'univers du connu et du mesurable dans l'incalculé et l'inorganisé. »
J’essaie de comprendre :
Le but artistique affiché chez Chris Burden est de dépasser
la simple apparence du corps pour en révéler d’autres dimensions, sa condition, son espace intérieur, son étrangeté et son rapport au sensible au monde et aux autres. Ce n’est pas avec lui de « l’incalculé et de l’inorganisé ».
Oleg Kulik a choisi de faire de son comportement une œuvre d’art comme Marcel Duchamp a choisi de faire de
son urinoir une œuvre d’art nommée « Fontaine ».
Le programme zoofrénique de Kulik pourrait se définir comme un entredéchirement de l’âme, la bête
représentée (chien, vache…) et celle qui sommeille en nous mais qui aurait disparu chez l’artiste. Il veut exprimer la violence des Pays de l’est pour mieux l’exorciser.
Ce qui me dérange c’est la présence incontournable de violence, de souffrance, de sang, de danger qui entraîne une torture visuelle au spectateur.
Pour conclure avec un peu d’ironie, tout ceci a permis à
Oleg Kulik de faire carrière. L’art contemporain russe est aujourd’hui inimaginable sans son œuvre. Il est devenu une figure incontournable du monde de la culture.
Alors ? L’art aujourd’hui ? Eternelle recherche du Graal ?
Argent ?